Plat à décor en cloisonné de fils métalliques et émaux dit « sur écorce » et dont le fond en porcelaine gravée et colorée en brun évoque l’écorce d’un arbre.
Sur ce fond, s’épanouissent des plantes fleuries et des oiseaux. L’ensemble est bordé d’une fine frise géométrique.
Ce type de décor utilise toujours la même gamme de couleurs chaudes, où les bruns sont rehaussés de ponctuations d’un rouge qui tire parfois sur le vermillon. Il est presque exclusivement réalisé sur porcelaine.
Japon, époque Meiji, vers 1880.
Diamètre : 46 cm
Au début de l’ère Meiji, le gouvernement japonais favorisa le développement de l’artisanat japonais en aidant à l’exportation de nouveaux produits. A cette époque, le marché de l’artisanat était très affaibli, mais les japonais percevaient une forte demande venant de l’Europe et des Etats-Unis, envisageant de nouveaux débouchés.
Une des techniques remportant le plus de succès fut le cloisonné. Le gouvernement japonais fit venir des chimistes et des ingénieurs européens, afin de contribuer à améliorer la fabrication du cloisonné, qui avait déjà atteint des sommets.
Ils firent beaucoup d’expérimentations, et l’une d’elles consistait à appliquer le cloisonnage sur porcelaine au lieu de l’appliquer sur du laiton ou du cuivre, selon la technique héritée des chinois.
Ces objets en porcelaine n’ont été fabriqués que pendant de très courtes périodes, autour des années 1875. Mais cette technique étant assez difficile à réaliser, les japonais eurent recours de nouveau au cloisonné sur cuivre, qui s’avérait beaucoup plus rentable.
Les exemplaires les plus réussis, furent produits à Nagoya par la « Shippo Company du Japon », compagnie japonaise d’émaux cloisonnés et parfois signés par l’artiste principal Takeushi Chubei.
Certains modèles sont présentés au musée de Tokyo.
Même si les premiers cloisonnés conservés au Japon remontent au 11ème siècle, ils sont cependant extrêmement rares. Bien que les cloisonnés chinois furent largement appréciés, ce n’est que vers la fin du 16ème siècle que l’usage des émaux se répandit plus largement au Japon.
Il s’agissait au début essentiellement d’ornements architecturaux, de petits objets de lettrés ainsi que des décors d’éléments de sabres, en particulier sur les tsubas, gardes de sabre.
Le développement de l’art du cloisonné au Japon est traditionnellement attribué à l’ancien samouraï Kasi Tsunekichi (1803-1883) de Nagoya dans la province d’Owari Kaji. Comme la plupart des samouraï de cette époque, il fut obligé de chercher des moyens de suppléer à sa trop maigre solde et on raconte qu’après avoir examiné attentivement un cloisonné chinois, il trouva la technique pour fabriquer lui-même un petit plat. Il développe sa technique, et vers 1850 il devient le fournisseur officiel du Daimyo de Owari.
Ces cloisonnés de la première période se caractérisent par des décors géométriques, mais surtout par l’utilisation d’un grand nombre de petits cloisonnages de fond, qui au-delà du côté esthétique, permettaient une adhérence régulière de l’émail pendant la cuisson. Un des élèves
de Kasi, fut Hayeshi Shogoro ( ?-1896) qui laissa une trace car il fut le professeur de plusieurs grands maîtres de cette technique dont le plus important fut Tsukamato Kaisuke. On lui doit une représentation du château de Nagoya, et c’est la première fois qu’un motif purement représentatif va être réalisé en émaux cloisonnés. Kaisuke fut aussi à l’origine de la technique qui consiste à appliquer des émaux cloisonnés sur de la porcelaine.
A son tour il fut le maître de Hayashi Kodenji (1831-1915). Ce dernier eut une énorme influence sur l’art du cloisonné. Kodenji installa un atelier indépendant à Nagoya en 1862 où il forma de nombreux élèves.
En 1871, la Compagnie des Cloisonnés de Nagoya fut établie à Toshima.
En 1873, elle fut récompensée d’un premier prix à l’exposition de Vienne.
Ce succès attira de nombreux autres artisans dans cette ville et aux alentours, et cette zone devint vite le centre incontournable de la production de cloisonnés au Japon prenant même le nom de Shippo-Cho, « la ville du cloisonné ».
Vers 1875, Kaisuke quitte Nagoya pour prendre un nouveau poste dans la Compagnie Ahrens à Tokyo. Ahrens était une des entreprises créées par le gouvernement Meiji, où des ingénieurs et techniciens occidentaux furent appelés pour aider à la modernisation des techniques japonaises existantes. L’ingénieur en chef de Ahrens était Gottfried Wagener qui introduisit au Japon les techniques d’émaux européens. C’est grâce à lui que l’œuvre de Kaisuke fut présentée à Vienne et pour la première fois en Europe.
En 1878, Wagener part pour Kyoto où il rencontre le créateur de cloisonnés Namikawa Yasuyuki (1845-1927). Yasuyuki, ancien samouraï, commence sa carrière d’émailleur vers
1868 et travaille à la Compagnie du Cloisonné de Kyoto de 1871 à 1874. Il installe son propre atelier et commence à présenter ses œuvres dans les grandes expositions internationales.
En 1896, il fut nommé Teishitsu Gigei’in, artisan impérial de la cour de l’empereur Meiji.
Namikawa Sosuke (1847-1910) autre grand artiste, fut également nommé artiste impérial en 1896. Portant le même nom de famille, il n’a cependant aucun rapport avec Namikawa Yasuyuki.
Au début, Sosuke travaillait pour la Compagnie de Nagoya. Il présenta aux expositions internationales des pièces très personnelles où ses dessins font parfois penser à des dessins à l’encre de Chine.
Vers 1893, il adopte la marque Sakigate qui signifie « pionnier », et il est vrai qu’il amène l’art du cloisonné à des sommets encore jamais atteints. Sosuke travailla d’abord pour la Compagnie de Cloisonné de Nagoya, puis pour leur branche de Tokyo.
La compagnie la plus célèbre de la région de Nagoya était Ando.
Son fondateur de 1881 à 1897 était Kaji Sataro, le petit fils de Kaji TsuneKichi. Son fils, Kawade Shibataro lui succéda de 1856 à 1921 et développa de nombreuses innovations qui firent le succès de Ando et en particulier une technique qui consiste à créer du relief avec l’émail.
La Compagnie Ando développa aussi la technique du « plique à jour » (shotaï jippo) inspirée du travail de Ferdinand Thesmar que Anoto Jubei avait découvert à l’exposition universelle de Paris en 1900.
Kawade étudia la technique de Thesmar qui poussa plus en avant les recherches et l’améliora. Dans le procédé de « plique à jour », la pièce suivait le même processus que pour un cloisonné traditionnel. Les cloisons étaient fixées à la colle et l’émail déposé seulement à l’extérieur avant d’être entièrement recouvert d’une plaque transparente destinée à protéger l’objet lorsque un bain d’acide retirait le support d’origine en cuivre.
Ando fut récompensé par de nombreux prix internationaux et devint fournisseur officiel de l’empereur en particulier pour les cadeaux.
L’autre grande fabrique de Kyoto était Inaba. Fondée en 1886 par Inaba Eshin, un ancien samouraï qui commença à travailler l’émail en 1875. La particularité d’Inaba était une grande variété de techniques. Après la fermeture en 1990 de leur atelier d’origine, toutes les archives et outils furent transférés au musée de Kyoto.
AKASUKE : émail rouge transparent appelé aussi sang de pigeon.
CHAKINSEKI : effet « poussière de thé » obtenu en saupoudrant de la poudre d’or ou du cuivre dans l’émail.
GINBARI : technique consistant à appliquer une feuille d’argent parfois gravée puis de la recouvrir d’émail translucide.
KARAKUSA : littéralement « herbe chinoise », motif de volutes sur le fond de certains cloisonnés.
MORIAGE : technique consistant à appliquer l’émail en couches successives pour créer des motifs en relief.
MUSEN : « sans fil ». Technique d’émaillage où les fils sont soit complètement ou partiellement cachés dans l’émail soit enlevés avant la cuisson.
SHOTAI-SHIPPO : plique à jour.
YUSEN : avec fils. Technique traditionnelle de cloisonné avec fils.